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Le Caire, Egypte / La vie sous couvre-feu

By January 16, 2014No Comments

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J’ai vécu en Egypte presque toute ma vie et l’ai toujours connu comme un pays sécuritaire, comme on dit. C’était une pratique tout à fait normale pour une femme d’être dans les rues du Caire après minuit car il n’y avait aucun risque. Les rues étaient très animées et pleines de vie à tout moment du jour ou de la nuit. Vous ne pouviez pas faire la différence entre 2 heures du matin ou 2 heures de l’après-midi ; il y avait toujours du monde. Le Caire a toujours été célèbre pour sa vie nocturne mouvementée. Mais, depuis la révolution du 25 Janvier, la vie de chaque égyptien a radicalement changé!

Les visages heureux des égyptiens, qui ne cessent de rire ou de se moquer de tout ce qui les entoure, sont devenus très sombres. Beaucoup de familles pleurent la mort d’un fils ou d’un cousin décédé dans les émeutes. D’autres sont inquiets pour leurs frères ou leurs enfants qui manifestent dans les rues. Le reste des gens sont collés à leur téléviseur, en train de suivre les nouvelles ou de regarder l’un des talk-shows qui n’arrêtent jamais

Il y a un an, lorsque Mohamed Morsi et Ekhwan (Frères musulmans) étaient au pouvoir, la plupart des femmes étaient mal à l’aise de quitter leur maison. Moi-même, j’ai presque arrêté de rendre visite aux membres de ma famille, sauf s’il y avait une urgence. En tant que consultante en éducation, j’ai commencé à filtrer mes visites dans les écoles pour ne pas être loin de la maison. J’avais décidé de ne pas visiter d’écoles entourées d’embouteillages ou situées dans des zones dangereuses. Je ne quitte plus la maison après le coucher du soleil. J’avais l’habitude de réfléchir à la façon dont j’allais m’habiller pour aller au boulot, tout en essayant de penser ce qui était approprié pour ceux qui vivent parmi nous, notamment ceux qui pensent et voient les choses différemment. Mais après la révolution du 30 juin, tout d’un coup tout a changé ; nous sommes devenus nous-mêmes et revenus à notre culture, à nos normes et à nos traditions.

Néanmoins, nous avons vécu sous « couvre-feu » pendant les 3 derniers mois, ce qui nous oblige à rentrer à la maison bien plus tôt qu’auparavant. Vendredi, qui est le jour de la famille ici en Egypte, est presque une demi-journée pour nous aujourd’hui. Quelle que soit l’activité dans laquelle vous participez, vous devez arrêter à 18 heures car tout le monde doit être à la maison à 19 heures.  Le trafic est devenu un horrible cauchemar. Les trajets qui vous prenaient une demi-heure, vous prennent maintenant au moins une heure et quart, si vous êtes chanceux et pouvez arriver à votre destination en contournant un sit-in, une marche, ou les embouteillages.

Nous sommes toujours collés à nos téléviseurs pour suivre les nouvelles d’attentats terroristes ici et là. Mais, honnêtement, je n’ai plus aussi peur que j’avais au cours de la dernière année. Je pense maintenant en termes de destin ! Donc, je ne suis plus inquiète de quitter la maison, sauf pour des problèmes liés à la circulation ou aux embouteillages. Je ne pense plus quoi porter avant de sortir. Je pense que je deviens moi-même peu à peu, mais seulement s’il n’y avait pas de couvre-feu !

Azza Elsherbiny, Coordonnateur régional des ONG. Moyen Orient

Comité exécutif ONG / DPI  / , Novembre 2013

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